Balades dans les plus beaux villages de France

Au centre, tours et détours en Limousin

Trois châteaux, trois églises, trois fontaines, des tours rondes ou carrées en pagaille…pour 200 habitants ! Non, vous ne voyez pas triple sous l’effet euphorisant du Lou pé dé gril, l’apéritif local à base de fleur de pissenlit. Vous vous trouvez tout simplement sur l’éperon de Curemonte. Chaque siècle semble avoir tenu à laisser son témoignage, qu’il s’agisse des maisons nobles ou de l’imposante enceinte qui enserre les châteaux des Plas et de Saint-Hilaire. Ils ont notamment appartenu à Colette de Jouvenel qui y reçut sa mère, la fameuse auteure Colette, lors de la débâcle de 1940.

Aussi rouge, grâce à l’oxyde de fer de son grès, que touristique, Collonges n’est qu’à 12 kilomètres. Son cachet est tel que c’est son maire Charles Ceyrac qui fonda l’association des Plus Beaux Villages de France en 1982 pour dynamiser les communes rurales au riche patrimoine. C’est une indéniable réussite ici, tant pour l’enfouissement des fils électriques que pour la rénovation des nombreuses maisons à tourelles ou pour l’incessant afflux estival. Les notables de la vicomté de Turenne venaient ici en villégiature.

Ils n’étaient qu’à deux heures de marche de leur fief encore dominé par deux hautes tours, seules rescapées d’un puissant château. Jusque sous Louis XV, on bénéficiait ici d’une quasi-indépendance avec un régime fiscal fort envié. Il en reste de beaux hôtels particuliers égrenés entre ville basse et ville haute. Ça grimpe sec mais la vue sur les toits de lauze, la verte campagne et les monts du Cantal au loin récompense les courageux.

oins connu, Saint-Robert a un air familier grâce au feuilleton télévisé. Des grives aux loups tiré de l’œuvre de Claude Michelet. Le temps semble s’être arrêté dans ce village médiéval en pierre blanche où une procession mène encore à la fontaine miraculeuse de Saint-Maurice le 15 août. Encore 26 kilomètres et vous finirez en beauté à Ségur-le-Château, avec ses maisons à colombages et à tourelles coincées entre les restes de donjon et les bucoliques boucles de l’Auvézère.

À l’est, dans les reculées jurassiennes

De nombreux villages n’ont rien pour sortir de l’anonymat, d’autres, beaucoup plus rares, semblent tout avoir. Baume-les-Messieurs frôle l’indécence tant il conjugue les atouts : un site remarquable au fond d’une reculée (une vallée qui s’ouvre en trois doigts), des ruelles pleines de pittoresque et une abbaye impériale qui abrite un des rares retables anversois conservés en France. C’est d’ailleurs de là que partirent six des douze moines fondateurs de Cluny vers 910. Autour de Baume, les points de vue sont innombrables, que l’on s’éloigne du village le long du ruisseau, que l’on gagne le fond de la reculée, au bas des falaises, ou que l’on suive le plateau. La géologie se mêle à l’histoire avec les grottes, une cascade foisonnante et des couches calcaires très marquées.

À seulement 12 kilomètres, Château-Chalon est lui aussi labellisé plus beau village. La patrie du vin jaune, juchée sur son promontoire, réserve d’agréables déambulations dans ses rues médiévales ou dans les restes de maisons des dames chanoinesses. De là se déploie d’ailleurs un large panorama sur les terrasses en escalier et sur le vignoble.

À l’ouest, duo maritime Charentais

Elle n’est pas grandiose cette église Saint-Étienne, malgré son beau portail roman. Mais, une fois aperçue, vous ne l’oublierez plus, avec son clocher gothique de 40 mètres, peint en blanc à la base et en noir au sommet. Au-delà de l’originalité, il fallait qu’il serve de repère aux navigateurs croisant à l’ouest de l’île, un peu comme un phare. L’office du tourisme d’Ars-en-Ré y organise d’intéressantes visites et montées, ainsi que la découverte des marais salants. Une fois à terre, on explore un charmant lacis de ruelles semées de roses trémières, de façades chaulées et de volets verts ou bleus. Elles mènent au premier port de plaisance de l’île.

De l’autre côté, vers le continent, La Flotte n’est pas en reste côté port. Sa jetée arrondie accueille des terrasses prises d’assaut après les courses matinales au marché, sous la halle pavée. Là encore, les pimpantes maisonnettes de pêcheurs accueillent plus de fortunés Parisiens que de vieux loups de mer. On en retrouve la trace et les traditions dans le plaisant écomusée, avant de tester le goût du large parmi les ruines de l’abbaye Notre-Dame-des-Châteliers.

Au sud, la lumière des artistes en Lubéron

Gordes est une star incontournable…et insupportable quand l’été y déverse ses flots de visiteurs. Pour en percevoir le charme et comprendre pourquoi les peintres Chagall, Poliakoff ou Vasarely y ont succombé, patientez quelques semaines. On pourra explorer les calaques – rues pavées – tortueuses ou les passages voûtées au flanc du plateau et visiter sereinement le château Renaissance. De Gordes dépendent deux merveilles : l’abbaye cistercienne de Sénanque et ses champs de lavandin, si photogéniques, et le village des Bories. Cette vingtaine des cabanes en pierre sèche servait de refuge aux paysans qui exploitaient les terres éloignées de leur foyer.

Roussillon n’est qu’à un jet de pierre. On y suit d’abord le sentier des ocres pour ses formes modelées par l’homme et les éléments naturels. Mais le village est lui aussi à croquer, quand le soleil couchant donne aux façades une couleur d’abricot mûr. En comparaison, Ménerbes semble terne… alors qu’il n’en est rien ! Qui d’autre, en effet, expose 1 200 tire-bouchons dans un musée, a vu Picasso offrir une de ses maisons à Dora Maar en cadeau de rupture et accueille des flots d’étrangers sur la piste des best-sellers de Peter Mayle ? De la citadelle, la vue s’étend jusqu’à Gordes et Roussillon.

Plus bas, entre vignes, amandiers et oliviers, Lourmarin poursuit dans la veine littéraire avec Bosco et Camus. Ses rues bordées de fontaines, de galeries d’art et de terrasses ensoleillées mènent au château, sur la colline d’en face. Il est fort bien meublé avec de beaux jardins. Encore 9 kilomètres et voici le moins connu du quintet : Ansouis. Là encore un intéressant château, et aussi un « extraordinaire » musée d’artiste-plongeur avec la reconstitution d’une grotte marine, un glacier renommé et un bijou de village où les pierres murmurent à l’oreille de qui prend le temps de les écouter.