Découvrir les plantes qui font du bien

Au nord-ouest, menus et remèdes floraux

Le chemin creux bordé de haies fleuries longe une pâture. Des chevaux arrivent au trot, espérant quelques gâteries. Sur le talus, poussent des orties. Banal ! Détrompez-vous. Elles ont plus de vitamine C qu’ne orange et plus de calcium qu’un verre de lait ! Oui, mais elles sont très piquantes. Du fait, seul le dessous de la feuille a des poils urticants. Si vous évitez de les prendre à rebrousse-poil, vous pouvez les cueillir à main-nue. Aïe, c’est raté. pas de panique. le plantain, la plante antidote, pousse toujours dans ses parages.

La première cueillette effectuée, on repart vers la forêt. Pendant le printemps, les oiseaux s’affairent à construire leur nid. Savez-vous que les mésanges bleues tapissent le leur de lavande, menthe, immortelle…pour éloigner les parasites de leurs oisillons ? Nos phytothérapeutes à plumes connaissent instinctivement leurs propriétés insecticides ou fongicides. On les envie.

Voilà justement un beau pied de consoude. Finement hachée, elle s’utilise en cataplasme sur une plaie, avec les mêmes vertus antiseptiques que l’aloe vera. De plante en plante,notre menu se dessine. Que diriez-vous d’une tarte aux orties avec une salade de pissenlits et jeunes pousses de pâquerettes avec, en dessert un cake au lierre terrestre, une plante légèrement sucrée et parfumée?

Après ce repas sauvage, il est temps de visiter Cormeilles, ses maisons à pans de bois et ses antiquaires. Vous y dénicherez peut-être un de ces livres magiques sur les remèdes de bonne femme !

Au sud-est, sirop et tisane sur un plateau

Situé sur le plateau du pic de Bure et culminant à l’Obiou ( 2789 mètres), le massif du Dévoluy transformé en partie en station de ski l’hiver, est enclavé entre Drôme, Hautes-Alpes et Isère. Au printemps, on s’y sent comme dans un no man’s land qui ne respire qu’au rythme de la saison et des clochettes accrochées au cou des moutons.

Le Dévoluy ne se vit qu’en disciple de la nature : au grand air ! Et la cueillette est une activité phare. À chaque strate de ce massif, du bois en passant par l’étage alpin où paissent des milliers de moutons, puis le rocher noir et aride, la flore s’adapte avec acharnement. Vous y découvrirez l’ail des ours qui fait un délicieux pesto culinaire, des champs de primevères officinales jaune d’or, nos fameux coucous, qui, séchées, donnent une excellente tisane contre la toux sèche, et le mystérieux ibéris du mont Aurouze, une fleur qui ne prend racine qu’à cet endroit.

Dans ce lieu, on cueille, on marche , on observe, on écoute même le silence, on photographie, on apprend, on respire, on se détend enfin ! Ne vous étonnez pas de trouver au pied des bouleaux des jerricanes reliés à un siphon piqué dans l’écorce : la sève, reconnue pour ses pouvoirs revitalisants, est bue en cure. Quant aux bourgeons des mélèzes qui couvrent le sol des alpages, ils sont macérés au soleil avec du miel : le fameux sirop chaud est un remède radical contre l’enrouement.

Le Dévoluy a aussi ses fiertés patrimoniales : la deuxième source résurgente de France pour son débit, Les Gaillardes , ne se tarit pas, même en hiver, et le col du Noyer suspendu dans la pierre, a découragé plus d’un cycliste du Tour de France !

Au centre, salades et sorbets naturels

Après une mise en jambe autour de la basilique romane d’Orcival, in arrive au lac de Servières dans le cratère d’un ancien volcan. La salade de jeunes pousses du pique-nique se compose peu à peu. Le cresson des fontaines apporte du piquant ; la pimprenelle, sa saveur de concombre ; l’alliaire officinale, un goût d’ail.

Chemin creux ou estive, les milieux sont variés, les plantes aussi. En quelques jours, on déniche entre 60 et 80 végétaux à déguster. On poursuit dans les pâturages verdoyants où se blottit le lac de Guery, le plus haut de la région. Il arbore un air scandinave avec sa ligne d’horizon vert sombre d’épicéas. Il est temps de prélever les bourgeons des résineux, prélude à un inoubliable sorbet.

Au sud-est, repas très nature

Les pâturages de Cerdagne se prêtent à d’apéritives marches. Le paysage n’est qu’ondulation. Le trille aigu d’un berger menant son troupeau altère un instant la quiétude des lieux. Le sentier descend vers sa cabane. là, sur le reposoir, pousse le chénopode Bon-Henri, un épinard sauvage très goûteux qui apprécie les terres riches, et qui a aussi des vertus anti-inflammatoires et laxatives. Puis le chemin serpente à travers une pelouse fleurie. L’atmosphère est chargée de parfums suaves et les abeilles bourdonnent de plaisir.

On avance, guidé par la rumeur du torrent au bord duquel pousse la cardamine à larges feuilles avec ses grappes de fleurs rose lilas. Elle s’utilise comme le cresson, en coup de fouet au sortir de l’hiver. La marche se poursuit au fil des plantes comestibles. Voilà la renouée bistorte. Ses feuilles se consomment en gratin ou comme des légumes verts.

Ici, c’est la grande berce : ses jeunes pousses fraîchement coupées exhalent de subtiles notes d’agrumes et de noix de coco ; idéal pour un cake. En fin d’après-midi, tous en cuisine au gîte pour préparer le dîner puis, si le cœur vous dit, balade digestive dans le joli village de Llo accroché à flanc de montagne.

Au nord-est, vin de de mai et beignets

Au cœur des bois de Villers-Bettnach, la chapelle Notre-Dames-de-Rabas célèbre un miracle dont le cheval de Charlemagne fut le héros. Du sol frappé par son sabot aurait surgi une source qui désaltéra l’empereur et ses hommes.

Dans ce sous-bois humide, s’épanouissent des tapis du goûteux ail des ours, et aussi de l’aspérule odorante dont les feuilles macérées parfument le vin de mai. À la futaie de hêtres succède une pelouse calcaire bordée de sureaux en fleurs à l’odeur entêtante, de quoi concocter de délicieux beignets en dessert.