Sur les routes des vins

Au sud-ouest, valeurs sûres du Bordelais

Elle a fière allure cette cité du Vin de Bordeaux. Inaugurée le 31 mai dernier, elle pose ses courbes voluptueuses, surmontées d’une « tour-bouchon », sur les bords de la Garonne, dans le quartier branché des Bassins à flot. Il n’y a pas meilleur lieu pour s’initier à la culture et à l’histoire du vin à travers son parcours interactif.

Muni de fraîches connaissances sur les vignobles d’ici et d’ailleurs, on poursuit par l’ancien quartier des Chartrons, cœur historique du négoce du vin, dont les chais ont été réhabilités avec soin. Arrêt de rigueur sur la splendide place de la Bourse, avant de quitter la ville par le sud et remonter la rive gauche de la Garonne vers Langon sur une cinquantaine de kilomètres.

Pessac-Léognan ouvre le bal des grandes appellations du coteau, puis graves, barsac et sauternes? Côtés châteaux, outre les domaines viticoles, on retient celui de La Brède, cher à Montesquieu, planté de larges douves. Entre rouges profonds et blancs secs ou liquoreux, la région contente les plais les plus blasés. Mais ne vous attachez pas à de prestigieux noms, comme Yquem, Haut-Brion ou Smith Haut Lafitte, le bonheur de déguster vient souvent au hasard d’un détour.

À l’est, pèlerinage en Mâconnais

François Mitterrand n’est plus, mais la roche de Solutré reste une étape prisée de ceux qui apprécient les lieux hors du commun. Le piton calcaire a donné son nom à une période préhistorique tant les ossements, présentés dans un musée juste rénové, s’y sont accumulés. Il offre des beaux points de vue, que l’on soit au sommet de ses 493 mètres ou à son pied, au milieu des vignes qui grignotent ses pentes. Ici, on est à Solutré-Pouilly, dont l’autre fleuron est l’AOC pouilly-fuissé, un blanc à base de chardonnay, à ne pas confondre avec le pouilly-fumé ligérien.

Les villages alentours tels Vergisson, qui a aussi sa roche, Fuissé ou Loché mêlent demeures vigneronnes à galerie et églises romanes. À Chasselas, le château abrite une cave de dégustation. Saint-Vérand n’est qu’à 4 kilomètres. Là encore, une belle église et des vignes, qui, embouteillées, perdent le « d » de la commune. Dominées par la célèbre roche, les vignes de Solutré-Pouilly flamboient à l’automne. Le saviez-vous ? Le village de Chasselas a donné son nom à un raisin.

Au sud, aridité et puissance en Languedoc

Si la région viticole du Minervois commence dans l’Aude, c’est dans l’Hérault que se trouve sa capitale, Minerve. Classée parmi les plus beaux villages de France, elle a résisté aux assauts des croisés de Simon de Montfort pendant près de sept semaines… Les titres de gloire ne manquent pas à la citadelle perchée qui doit son nom à la déesse romaine de la Sagesse, des Sciences, des Arts mais aussi de la Guerre. Les 140 Parfaits cathares brûlés vifs après le siège de 1210 en sont une cruelle illustration. Ce qui fait la grandeur de Minerve, c’est aussi l’austérité de son paysage truffé de gorges, de grottes et de coteaux arides où s’accrochent vigne et garrigue. Avec un tel environnement baigné de soleil, nul ne s’étonnera de la puissance des rouges tanniques qui naissent de cette terre abritant nombre de villages médiévaux. À Saint-Jean-de-Minervois, parmi les cailloux blancs, on cultive aussi le muscat. Le résultat est envoûtant, avec une profonde robe dorée et un nez de pêche et d’ananas.

Non loin, à Saint-Chinian, l’appellation change, mais pas le caractère. On compare les vertus des trois couleurs du précieux breuvage à la maison des Vins, avant de visiter les belles propriétés viticoles. À Puisserguier, l’écomusée de la Vie d’autrefois évoque le travail de la vigne. Tout près, Capestang est une halte prisée des plaisanciers sur le canal du Midi. Depuis le clocher de sa collégiale, la vue embrasse largement le vignoble classé en IGP – indication géographique protégée – vin de pays d’oc ou coteaux d’ensérune.

Remontons vers le nord, entre pins et châtaigniers, à la rencontre du vignoble de Faugères, un autre rouge typé, élevé sur un terroir de schiste qui ferait mûrir le raisin de nuit. Au passage, Roquebrun mérite un arrêt pour son jardin méditerranéen aux 400 espèces. Suit Cabrerolles avec son château fort et son cratère creusé, dit-on, par une météorite et dont le fond est tapissé de vignes. Le village de Faugères, dominé par ses trois moulins à vent, clôt la balade. Mais, s’il reste encore de la place dans le coffre, les appellations clairette-du-languedoc et picpoul-de-pinet ne nécessitent que quelques tours de roues…

À l’ouest, parfum d’Italie en pays nantais

Le melon de Bourgogne : voilà un fruit trompeur ! Sa chair n’est nullement orangée ; et même s’il est bien originaire de la région qui lui a donné son nom, il s’est développé loin de là. Ce raisin a été introduit par les moines sur les bords de la Loire au XVIIe siècle. Il s’y est tant plu qu’il constitue à présent le plus grand vignoble du monde cultivé avec un seul cépage blanc. Vin frais d’apéritif, partenaire naturel de l’huître, le muscadet a souffert d’une image médiocre. Mais les volumes ont été réduits et la qualité valorisée. Depuis Nantes, une boucle de 80 kilomètres dévoile les plus beaux sites. Cap sur la rive sud de la Loire vers Basse et Haute Goulaine, avec les premières vignes et un château du XVe siècle bien meublé. Les collines encépagées aux teintes automnales se succèdent entre Le Loroux-Bottereau, toujours nostalgique d’un Louis XVI statufié, et le village du Vallet, capitale de l’appellation. De nombreux circuits pédestres ou cyclistes sillonnent vignes, étangs et rivières.

La route prend des airs de Toscane à l’approche de Clisson. La cité dépayse avec ses toits de tuiles, ses ruines castrales, ses halles, son pont de pierre et les reflets du campanile. À côté, à Gétigné, le domaine de la Garenne Lemot poursuit ce mirage italien, entre villa néoclassique, fabriques à l’antique et essences méditerranéennes. On suit alors la Sèvre pour revenir à Nantes, via Le Pallet, avec un arrêt au moderne musée du Vignoble nantais. Serpes et pressoirs cohabitent avec le philosophe Abélard, célèbre amoureux d’Héloïse et natif du lieu. Viennent ensuite les petits ports et fiefs biscuitiers de La Haye-Fouassière -usine Lu- et de Vertou – la Biscuiterie nantaise, BN, avec ses « chocos » . On y longe la chaussée des Moines, une digue millénaire qui facilitait le transport du vin sur la rivière. Faites un détour par Grand-Lieu, plus grand lac naturel de plaine en France, dont l’étendue augmente en hiver. Les oiseaux, en particulier les hérons, en ont fait leur repaire et s’observent depuis l’observatoire ornithologique de Passay, à La Chevrolière.

Au nord-est, l’autre Champagne

N’en déplaise aux marnais, le champagne de l’Aube n’a rien à envier au leur. La vigne s’épanouit sur une ligne de coteaux bien exposés, entre Bar-sur-Seine et Bar-sur-Aube, d’où son nom de Côte des Bar, « barrr » signifiant sommet en langage celte. Si la première ville a gardé quelques éléments anciens, la seconde est plus riche architecturalement, avec ses belles églises et sa pittoresque rue D’aube. Alentours, les caves ne manquent pas, tout comme les lieux d’intérêt.

Après Essoyes, où le souvenir du peintre Renoir est entretenu, le village de Riceys, compose de trois bourgs pittoresques, produit trois AOC, dont un fameux rosé déjà apprécié par Louis XIV. Quant à l’abbaye cistercienne de Clairvaux, ses moines y auraient introduit la vigne depuis la Hongrie. Ce qui, outre une ambitieuse rénovation, justifie bien une visite.