Sur les routes du 7ème art

Dans la poche de Dunkerque

Les promeneurs du bord de mer ont dû écarquiller les yeux pour ne pas se croire projeté 76 ans en arrière, lors de l’opération Dynamo. Avec ses 2000 figurants, ses 450 techniciens, ses explosions et ses bateaux de guerre, Dunkirk a tout d’une superproduction hollywoodienne.

Pour raconter l’évacuation de près de 400 000 soldats britanniques, français et belges, encerclées en mai 1940 dans la poche de Dunkerque, le réalisateur Christopher Nolan a réinvesti les lieux en mai et juin dernier, créant un formidable va-et-vient sur la côte, la jetée du port, les plages de Leffrinckoucke et de Malo-les-Bains.

La jolie station balnéaire s’est retrouvée parsemée de barricades, armes et uniformes kaki. Impressionnant par rapport à l’atmosphère feutrée de ses villas. La région inspire d’ailleurs des cinéastes moins belliqueux comme Marion Vernoux qui y a mis en scène une Fanny Ardant vieillie dans Les Beaux Jours en 2013.

Rejetant les villes trop bourgeoises, la réalisatrice a été inspirée par les longues jetées sur la mer du Nord. la cité portuaire possède d’autres atouts avec ses quais, ses musées et ses deux beffrois. Quant au carnaval, si emblématique, il a été immortalisé par Thomas Vincent dans son Karnaval en 1999.

Coup de cœur bourguignon

Beaune a tapé dans l’œil de Claude Lelouch… et plutôt deux fois qu’une ! Certes, le lien entre la cité des vins de Bourgogne et le cinéma n’est pas nouveau. Les fameuses Hospices et leur grande salle des Pôvres sont indissociables de La Grande Vadrouille, tournée ici en 1966. Mais, avec le réalisateur d’Un homme et une femme, on peut parler de coup de foudre. Il commence en 2006 avec le tournage de séquences de Roman de gare et se poursuit en 2013 avec Salaud, on t’aime.

La magie de la ville et des Hospices opère tellement que Lelouch décide d’y implanter une école de réalisateur. Il est vrai que la cité touristique accueille déjà un Festival international du film policier réputé. L’école gratuite baptisée « Les Ateliers du cinéma » va former sa deuxième promotion. Et quoi de mieux que de demander chaque année à un réalisateur confirmé de tourner un film ici pour employer les 13 apprentis ?

C’est là qu’a fait Lelouch lui-même en 2016 pour Chacun sa vie, en convoquant une pléiade de stars, de Johnny Hallyday à Jean Dujardin, en passant par Antoine Duléry, Julie Ferrier, Elsa Zylberstein, Mathilde Seigner, Francis Huster, Christophe Lambert, Béatrice Dalle… et même le chanteur Kendji Girac ! Sur fond de procès et de festival de jazz, la prestigieuse équipe a vogué de la place Carnot à la promenade des remparts ou aux Hospices, provoquant l’émoi des estivants. Le tournage s’est aussi octroyé quelques bons moments dans le village voisin de Volnay et ses prestigieux domaines.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, Cédric Klapisch a lui aussi posé sa caméra à Beaune et dans ses environs, du côté de Meursault, Puligny et Chassagne-Montrachet. Il sera beaucoup question de vignerons et de vins, mais patience, Ce qui nous lie ne sort que le 14 juin. En attendant, la route des Grands Crus fête ses 80 ans en 2017 et multiplie à cette occasion les animations.

Versailles en Périgord

Le 1er septembre 1715, le Roi-Soleil, usé et gangrené, rend son dernier soupir. Pour le spectateur, fin 2016, pas de doute : au-delà des tentures rouge et or s’étend la Cour de marbre du Château de Versailles. Et bien non, Albert Serra n’a pas tourné La Mort de Louis XIV sur place mais a fait périr son vieux roi, joué par jean-Pierre Léaud, dans le château périgourdin de Hautefort. Sa Majesté n’aurait d’ailleurs nul motif de s’en plaindre tant le bâtiment classique en impose avec son mobilier d’époque, son parc et ses jardins à la française.

La reconstitution de la chambre a été si soignée que le plateau a été maintenu en l’état. Petits et grands sont captivés par l’envers du décor, avec le matériel d’éclairage et de prise de vue, et s’essaient aux différents métiers. Plus loin, une expo photographique retrace les tournages au château. Le Capitan, en 1960, ravive les souvenirs. Temps béni où la caméra faisait virevolter épées, chapeaux et capes de Bourvil et de Jean Marais.

Un rhônalpin, star des plateaux

Le Vercors : un maquis haut lieu de la Résistance, un plateau naturel quasi imprenable creusé de gorges et de galeries souterraines, de vastes forêts de hêtres, d’épicéas puis de pins à crochets, quelques villages et des chalets isolés… et de nombreux films autour de la nature, de la ruralité ou de l’austérité du climat et de ses habitants.

L’attachement fonctionne pourtant à plein comme en témoigne Une hirondelle a fait le printemps en 2000-2001 réalisé par Christian Carion, avec Michel Serrault et Mathilde Seigner en paysans éleveurs de chèvres. Il vient de récidiver avec Mon Garçon, tourné durant seulement six jours en novembre dernier avec Guillaume Canet et Mélanie Laurent.

C’est particulièrement le nord du parc régional qui est filmé, autour des villages et stations familiales de ski que sont Autrans, Lans-en-Vercors, Rencurel, Villars-de-Lans ou Corrençon-en-Vercors. Les personnages évoluent dans les vallées, parmi les bourgs et les hameaux traditionnels, tandis qu’au-dessus se découpent falaises et sommets. Nicolas Vannier a mis en valeur ces paysages, vers Font d’Urle, en ouverture de son Belle et Sébastien, en 2013, avant d’aller explorer les reliefs plus accentués de la Haute Maurienne.

Le Papillon, en 2002 de Philippe Muyl dévoile plus intimement cette nature intacte, peuplée de cerfs, de tétra-lyre et d’orchidées. Le réalisateur a fait revenir Michel Serrault dans le Vercors. Celui-ci incarne cette fois un lépidoptériste en chasse de la nocturne Isabelle.

La balade se poursuit côté drômois où les villages de La Chapelle et Saint-Martin-en-Vercors attirent aussi les projecteurs de cinéma. Ce dernier vient d’accueillir le tournage de Knock de Lorraine Lévy. les passionnés d’Omar Sy, qui joue le rôle-titre, descendront un peu plus au sud jusqu’à Châtillon-en-Diois. Encore un joli village de la Drôme mais déjà dans un autre monde, celui-ci plus riant, marqué par les vignobles et les arbres fruitiers.

À rebours en Berry

Voici un village perché qui devrait avoir un aspect proche il y a un an. C’est plaisant pour un amateur de vieilles pierres et de cadre bucolique. Ça l’est plus pour un cinéaste qui cherche un cadre ancien. Tel fut le cas de George Wilson, qui mobilisa le village pour La Vouivre, en 1989, d’après Marcel Aymé, avec son fils Lambert et Jean Carmet.

En décembre dernier, c’est Xavier Beauvois qui a succombé à ces rues médiévales. Pour Les Gardiennes, incarnées par Nathalie Baye et Laura Smet, des tonnes de terre ont recouvert les rues, histoire de les plonger encore un peu plus en 1915.